Histoire d'Asilah (Zilis) Professeur Abdel Wahab Ibn Mansour (Maroc) Historiographe du royaume du Maroc et directeur de la division des documents du royaume, On peut considérer que la situation géographique et le climat sont parmi les facteurs les plus importants qui caractérisent la vie des peuples et des agglomérations qui se trouvent dans ces régions. En effet, les populations qui vivent dans des régions de passage et de commerce à un climat doux, vivent des événements importants et une histoire riche de culture et de civilisation. A contraire, les peuples qui résident dans des régions à climat rigoureux, et qui sont isolées ne voient se développer qu’une histoire stérile et des événements sans grande importance. C’est ainsi que la région du Nord-ouest du Maroc où se trouve la ville d’Asilah est parmi les régions bénies par la nature et par sa situation géographique, car elle se trouve à l’entrée de la Méditerranée, à proximité d’un lieu de passage international qui lie plusieurs continents. La ville d’Asilah, bien qu’elle ne donne pas directement sur le détroit de Gibraltar, n’est en fait pas à une très grande distance du Cap Spartel, des villes de Ceuta et de Tanger, c’est pour cette raison qu’elle a été constamment influencée par les événements de ces deux villes . L’histoire relate qu’Asilah appelés « Zilis » - se rebella contre l’autorité de Carthage et se distingua en battant sa propre monnaie. En revanche elle se soumit à l’autorité de « BOUKOUD », ce qu’elle paya très chèrement. En effet, l’Empereur Octave ordonna l’exil de toute sa population de nombreux droits et libertés surtout dans le domaine juridique et fiscal ; son gouverneur n’était pas d’ailleurs nommé par Rome mais élu par la population. Plus tard, il semble que « ZILIS » ait perdu de son importance vue la concurrence que lui faisait « LIXUS » qui disposait d’un fleuve pour le transport et d’un port d’attache. Cette situation se perpétua jusqu'à l’arrive de l’Islam au Maroc au milieu du premier siècle de l’Hégire (2éme moitié du 7éme siècle après J.C). Elle a alors réapparu sous le nom d’Asilah. C’est dans cette période même, exactement en229 de l’Hégire (844 après J.C) qu’Asilah a été construite sur les terres appartenant à la tribu des « LOUATTA ».L’historien « ALBAKRI » raconte à ce propos dans son livre « ALMASSALIK OUA ALMAMALIK ». Comment d’un marché qui se tenait trois fois an elle est devenue le point de rencontre de commerçants venant du sud de l’Espagne et de toutes les régions avoisinantes. Asilah est devenue ultérieurement un point de lutte entre « ALMAROUANIYINE », Califes de Cordoue et les « ABDIYINES », émirs du Maghreb, comme elle fut d’ailleurs parmi les places où se réfugièrent les derniers « IDRISSIDES ». Il est à remarquer que lors de cette période, l’histoire d’Asilah ne se résumait pas à une série de luttes et de batailles mais comportait des prémices d’activités scientifiques et culturelles. Il n’en est pour preuve que l’existence de nombreux poètes et savants qui y vécurent comme le poète « IBRAHIM BEN MOHAMED EL ASSILI », son fils « MOHAMED BEN IBRAHIM EL ASSILI » mort à Cordoue et dont les descendants constituèrent la famille El Assili d’Andalousie et qui donnèrent de nombreux savants. Si nous supposons que la ville n’a pas vu d’énormes transformations pendant la période « IDRISSIDE », nous pouvons avoir au moins une vue partielle de sa vie à travers les livres de géographes marocains et andalous. Asilah était alors entourée de murailles avec de grandes portes comme la porte de « MAJOUSS ». Elle possédait un palais, des constructions et des marchés. On utilisait alors le « MOUD » comme mesure de quantité, et « ALQLILA » comme mesure de liquide. Ces mesures restent encore utilisées à l’heure actuelle.